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Lettre à ma soeur (la suite)

Nadjib multipliera alors les maladresses et les déclarations farfelues. Il alla jusqu'à affecter le médecin-chef du Centre de Santé de la ville. Une mesure impopulaire prise à 72 heures du scrutin et qui lui a valu une manifestation de rue. Un millier d'enfants, de jeunes et de femmes ont manifesté à Tsembéhou et à Drindri pour dénoncer cette mesure arbitraire. L'autre bavure c'est d'avoir chercher à empêcher le meeting qu'a voulu organiser à Tsembéhou le candidat soutenu par la mouvance présidentielle de l'Union. Dans sa logique, ce sont les partisans du président Sambi qui ont saboté le meeting de Mohamed Bacar.

Le candidat Moussa Toiybou se rendait ce jour-là dans les autres localités de la Cuvette (Drindri et Chandra). Le staff de Tsembéhou sur conseil des notables a annulé le meeting de la Place de Pangahari. Cela n'a pas dissuadé Nadjib et son groupe d'aller brûler des pneus à l'entrée de Tsembéhou, tout près du pont Hassandzé perturbant pendant plusieurs minutes la circulation routière. Le candidat Moussa est arrivé à Drindri en empruntant une route secondaire. Cependant ces partisans, originaires de Drindri, ont du mal à avaler cet affront.

Ces élections ont été annulées par le président de l'Union qui a estimé que les conditions n'étaient pas réunies pour un scrutin libre, démocratique et transparent. Le reste, tu l'as peut-être lu quelque part. Sur ordre de Mohamed Bacar, Nadjib et ses nouveaux amis (les séparatistes) ont organisé une mascarade électorale. Les Tsembéhouens comme beaucoup d'Anjouanais ne se sont pas bousculés pour aller voter. Mohamed Bacar s'est autoproclamé président de l'île. Il est désavoué par l'Union des Comores et la communauté internationale. Entré en rébellion, Mohamed Bacar a du mal à digérer le camouflet de Tsembéhou. Cela ne l'a pas empêché de nommer Ali Ada Mchindra, un natif de Tsembéhou, dans son « gouvernement ». Dans ses calculs, cette nomination n'a d'autres buts que de pouvoir museler la ville qui lui est désormais hostile. Il a choisi un homme qui exécutera à la lettre ses volontés. Et la terreur qui règne actuellement dans la ville est savamment entretenue par le clan Ada. Les licenciements et les affectations arbitraires sont monnaie courante. Ils frappent surtout les Unionistes. Certains comme Simédou et Goda ont passé le réveillon à la belle étoile. Comme d'autres, ils sont entrés dans la clandestinité. Des licenciements et des affectations arbitraires sont le lot quotidien.

Parmi les premiers licenciements, figure celui de Mohamed Bacar, connu sous le nom de Baha LIDA (Photo) . Directeur commercial à la Société d'Electricité d'Anjouan (EDA), M. Bacar a été limogé par son « ministre » de l'Energie qui n'était autre que M. Ibrahim Halidi. C'était son premier arrêté de « ministre » de l'Energie. Inutile de te dire que cet acte avait beaucoup choqué le tout Tsembéhou. Depuis juin 2007, la première victime de Ibrahim Halidi vaque à ses activités commerciales à Tsembéhou. Il vient de rentrer de la Mecque où il a fait le pèlerinage. D'autres jeunes qui étaient recrutés dans le service Phytosanitaire ont été renvoyés purement et simplement par M. Ibrahim Halidi et ils sont revenus jouer au Domino à Tsembéhou. Dans le domaine de l'Education, Ada n'était pas aller par quatre chemins.

Tu ne sais peut-être pas, mais lui, M. Ibrahim Halidi semble avoir perdu les pédales. On lui avait amputé l'Energie et il ne lui reste que l'Agriculture. Tu peux me dire la mission « d'un ministre » anjouanais des Cader et des Cefader ? Ce n'est pas pour rien si aujourd'hui il perd du poids tandis que son collègue de l'Education, M. Ali Ada, prend des kilos au fil des semaines.

Je sais que tu n'aimes pas la politique. Alors je ne vais pas m'attarder là-dessus. Je te dis seulement que les rangs des résistants s'organisent. Ils luttent contre la tyrannie. Ils militent pour une société libre et démocratique. Je ne t'informe rien si je te dis qu'ils sont actuellement pourchassés et c'est avec beaucoup de courage et d'habileté qu'ils échappent aux atrocités des rebelles.

Au seuil de ce nouvel An, prions ensemble pour que Dieu les protège et que Anjouan soit libérée de mains des affreux rebelles qui l'ont pris en otage.

Certes les six derniers mois de l'année ont été très durs pour Tsembéhou et pour Anjouan en général. Tant d'espoirs déçus. Beaucoup de menaces et de provocation. Des conditions de vie difficiles. L'hôpital était resté plusieurs mois sans médecin. Une partie de la ville a vécu plusieurs mois dans l'obscurité.

Mais, crois-moi, tout n'était pas noir. Les Tsembéhouens ont une capacité phénoménale de s'adapter aux situations les plus difficiles. Ils prennent les vicissitudes de la vie avec beaucoup de philosophie.

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